Will
Jennings: la part anglaise de Notre-Dame... Le Québec et la France n'hésitent pas à faire des vedettes de leurs paroliers. Luc Plamondon en est bien sûr le plus illustre exemple. Aux États-Unis, c'est différent. Si tous les gens de l'industrie musicale connaissent très bien Will Jennings pour les (très) nombreux succès populaires qu'il a écrits, la notoriété publique de l'auteur se fait pourtant plus discrète. « En près de 30 ans de carrière, je n'ai pas dû accorder plus de 10 entrevues ! » dit-il en riant. Remarquez qu'il vous avouera d'emblée apprécier ce relatif anonymat qui lui permet de travailler en toute liberté. Malgré sa grande réputation, Jennings n'est pas entouré de toute une équipe chargée d'assurer sa promotion. Il ne fait affaire qu'avec en éditeur. Et ça lui suffit... Son catalogue compte entre 200 et 300 chansons. Dont quelques-unes ont bénéficié de quelques millions de passages à la radio... Up Where We Belong (Joe Cocker, Jennifer Warnes), Tears from Heacen (Eric Clapton) figurent évidemment parmi ses plus grands succès, mais il compte aussi à son actif de nombreuses collaborations avec B.B King, de même que les chansons qui ont marqué le retour à l'avant-scène de Steve Winwood. Ah oui, il est aussi l'auteur de My Heart Will Go On, cette chanson thème placée à la fin d'un tout petit film qui racontait le destin tragique d'un obscur paquebot... Un francophile C'est aussi à Will Jennings qu'a été confié la tâche de traduire en anglais les chansons de Notre-Dame de Paris. L'auteur était d'ailleurs à Montréal cette semaine afin d'assister à des sessions d'enregistrement auxquelles participent plusieurs interprètes de la version originale, notamment Garou, Daniel Lavoie (Que Jennings appelle affectueusement « Daniel la voix d'or »), Luck Mervil, Bruno Pelletier et Patrick Fiori. « Mon travail consiste, explique-t-il, à vérifier l'exactitude des prononciations, du phrasé, à noter les endroits où sont placés les accents toniques, bref, à faire en sorte que tout sonne juste... » Lauréat de plusieurs trophées Grammy, ainsi que de deux Oscars (le premier lui a été remis en 1983 pour Up Where We Belong, chanson thème de An Officer and a gentleman, l'autre en 1998 pour My Heart Will Go On), Jennings a entendu l'oeuvre de Plamondon et Cocciante pour la première fois au MIDEM, alors qu'un ami montréalais lui a présenté le disque. « Les hasards de la vie ont fait en sorte que j'étais précisement en train de lire l'oeuvre de Victor Hugo au moment où c'est arrivé ! Je ne connaissais ni Plamondon, ni Cocciante, mais j'ai trouvé les chansons vraiment bien écrites.» « On m'a ensuite invité à Paris pour aller voir le spectacle et ce fut le coup de foudre. Ma seule réserve a été de constater qu'il y avait là deux fois plus de chansons que sur le disque, donc, deux fois plus de travail à faire ! » Car il s'agit bien ici d'un travail de traduction. En lisant les paroles anglaises, on se rend vite compte que les textes originaux ont scrupuleusement été respectés. Jusque dans les rimes ! Et pourtant, Jennings se prête à ce genre d'exercice pour une toute première fois. « Je n'avais rien fait du genre auparavant, même pas adapté une simple chanson ! Cela dit, mon expérience d'auteur m'a grandement servi. » Son expérience, mais aussi sa compréhension de la langue de Molière. Car ce Texan, qui vit en Californie depuis longtemps, est un amoureux de la poésie française. « Évidemment, j'ai toujours été sensible à l'écriture. Déjà très jeune, j'ai voulu apprendre le français afin de pouvoir lire les grands poètes. Apollinaire, Baudelaire, Rimbaud, et tous les autres. » « Et je suis aussi à même d'apprécier le travail de Luc Plamondon », poursuit-il. « C'est pourquoi j'ai tenté de rester le plus fidèle possible à ses textes, tout en essayant de leur donner une fluidité naturelle. Si l'auditeur anglophone en vient à oublier que ces chansons-là ont été écrites en français au départ, mon travail aura été accompli. » Un nouveau succès S'il regrette un peu le virage qu'a pris l'industrie musicale depuis dix ans (il avoue ne pas avoir beaucoup d'affinités avec la culture hip-hop, ni avec la vision corporatiste de l'industrie), l'auteur s'estime tout de même privilégié. D'autant qu'une chanson qu'il a écrite il y a quatre ans, Please Remember Me, qui avait déjà été enregistrée, sans trop se faire remarquer, deux fois par d'autres artistes (dont Linda Rondstat et Aaron Neville en duo), trône actuellement au sommet des palmarès des chansons pop et country, grâce à une nouvelle interprétation de Tim McGraw. Comme quoi le succès est imprévisible, même pour un vétéran de la trempe de Will Jennings. Prochaine étape: la sortie du disque de la version anglaise de Notre-Dame de Paris, prévue à l'automne. Précisons à cet égard que la prestation de Céline Dion, pressentie pour interpréter les chansons d'Esmeralda dans cet enregistrement, n'est pas encore confirmée. Par ailleurs, la carrière anglophone de spectacle devrait s'amorcer à Londres au printemps de l'an 2000. |